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Développer les compétences internes : construire un plan de formation pragmatique aligné sur la stratégie de l’entreprise

Développer les compétences internes : construire un plan de formation pragmatique aligné sur la stratégie de l’entreprise

Développer les compétences internes : construire un plan de formation pragmatique aligné sur la stratégie de l’entreprise

Dans beaucoup d’entreprises, le “plan de formation” est un document imposé par la RH, rempli à la va-vite pour cocher une case légale, puis ressorti un an plus tard pour justifier deux ou trois formations PowerPoint. Pendant ce temps, la stratégie évolue, les besoins métiers explosent, et les compétences internes… stagnent.

Or, si vous regardez froidement vos priorités stratégiques à 3 ans – croissance, digitalisation, internationalisation, amélioration de la marge, montée en gamme, industrialisation des process – toutes reposent sur un point commun : la capacité des équipes à faire différemment et mieux. Autrement dit : les compétences.

L’enjeu n’est donc pas “d’envoyer des gens en formation”, mais de construire un plan de développement des compétences réellement au service de la stratégie. Un plan pragmatique, pilotable, et qui produit un retour sur investissement visible.

Partir de la stratégie, pas du catalogue de formation

Le réflexe classique : partir des demandes individuelles (“je voudrais une formation Excel avancé”, “j’aimerais un coaching managérial”) ou d’un catalogue d’organismes de formation. Mauvais point de départ. On se retrouve rapidement avec un empilement de formations sans cohérence, ni effet de levier sur le business.

La bonne démarche consiste à inverser la logique : partir de la stratégie, puis descendre vers les compétences nécessaires.

Posez-vous trois questions très simples avec votre comité de direction ou votre équipe de managers :

Exemple concret : une PME industrielle qui veut développer la vente de contrats de maintenance pour lisser son chiffre d’affaires. La stratégie implique :

Les compétences à développer ne sont donc pas “formation commerciale généraliste”, mais beaucoup plus ciblées :

Vous commencez à voir la différence : on passe d’un plan de formation “fourre-tout” à un plan de développement cohérent, directement relié à la stratégie.

Cartographier les compétences : simple, mais sans complaisance

Une fois les compétences clés identifiées, encore faut-il savoir où vous en êtes réellement. Beaucoup d’entreprises s’arrêtent à des fiches de poste théoriques, jamais mises à jour et souvent déconnectées du terrain.

Ce qu’il vous faut, ce n’est pas un référentiel parfait de 200 pages, c’est une cartographie exploitable en 2 à 3 ateliers :

Cette évaluation doit se faire avec les managers directs, pas dans un bureau RH isolé. Et elle doit être honnête. Se mentir sur le niveau réel des équipes, c’est prendre le risque de découvrir les lacunes en pleine exécution stratégique, quand il est trop tard.

Exemple : une ETI qui se lance dans un projet ERP groupe pour harmoniser ses processus. Sur le papier, “les équipes sont déjà familières des outils”. En réalité, les utilisateurs ne maîtrisent que 20 % des fonctionnalités actuelles, et aucun manager de proximité n’a de vraie compétence de pilotage de projet. Résultat : dérives de planning, rejet des utilisateurs, surcoûts massifs.

En chiffrant vos niveaux actuels et cibles, vous obtenez un “gap” de compétences. C’est ce gap – et uniquement lui – qui doit nourrir le plan de formation.

Prioriser : tout le monde ne peut pas tout apprendre, tout de suite

À ce stade, vous aurez probablement une liste assez longue de besoins. Si vous essayez de tout traiter, vous diluerez les moyens et perdrez l’effet de levier. La clé est de prioriser sans états d’âme.

Pour chaque besoin de développement, posez 3 questions :

Vous pouvez ensuite classer vos sujets en 3 catégories :

Un dirigeant que j’ai accompagné avait ainsi reclassé brutalement un projet de “leadership inspirationnel” pour tous les cadres en priorité C, pour concentrer le budget sur :

Résultat : moins de formations “prestige”, mais un impact direct sur le taux de transformation commerciale et la qualité des projets livrés.

Choisir les bons modes de développement, pas seulement des formations

Autre piège classique : assimiler “développement des compétences” à “envoyer les gens en salle pendant 2 jours”. Dans bien des cas, ce n’est ni le plus efficace, ni le plus économique.

Pour chaque besoin prioritaire, demandez-vous :

Ensuite, construisez un mix de modalités. Quelques leviers souvent sous-utilisés :

Réserver la formation externe lourde (inter ou intra) aux sujets où :

Autrement dit : ne payez pas un organisme pour expliquer à vos managers ce que vous savez déjà très bien… mais que vous n’osez pas formaliser.

Impliquer les managers : sans eux, rien ne tient

Le facteur le plus sous-estimé dans un plan de développement des compétences, ce n’est ni le budget, ni la qualité des formateurs, c’est le rôle du manager de proximité.

Un plan de formation fonctionne lorsque :

Sinon, vous obtenez ce que j’entends trop souvent : “La formation était intéressante, mais je n’ai pas vraiment eu le temps d’appliquer…”. Traduction : zéro impact.

Si vos managers ne savent pas faire ça, commencez par là. Former des collaborateurs sans former les managers à accompagner le développement des compétences, c’est mettre de l’engrais sur un champ sans jamais l’arroser.

Quelques pratiques simples à instaurer :

Mesurer l’impact : arrêter de piloter “au ressenti”

Sans mesure, le plan de formation restera dans le domaine du “je pense que ça a été utile”. C’est insuffisant pour le défendre face à un directeur financier un peu exigeant, ou pour arbitrer vos investissements les années suivantes.

La mesure d’impact ne doit pas devenir une usine à gaz, mais elle doit dépasser le simple “questionnaire de satisfaction à chaud”. Trois niveaux de suivi sont généralement suffisants :

Exemple : une entreprise de services a ciblé une montée en compétence sur la gestion des réclamations. Indicateurs suivis :

En 6 mois, amélioration nette sur les 3 indicateurs, avec un volume de formation raisonnable et fortement ancré dans la pratique. Là, vous pouvez parler de retour sur investissement, pas de “sentiment d’utilité”.

Articuler développement des compétences et gestion RH

Un plan de développement des compétences n’est pas un objet RH isolé. Il doit s’articuler avec :

Si acquérir une nouvelle compétence ne change strictement rien pour le collaborateur – ni en termes de missions, ni de reconnaissance – ne vous étonnez pas d’un investissement très tiède de sa part.

À l’inverse, les entreprises qui réussissent à aligner clairement :

deviennent beaucoup plus attractives, y compris face à des concurrents mieux dotés financièrement. Les collaborateurs voient un chemin, pas seulement un poste.

Faire simple, mais s’y tenir d’année en année

La tentation est grande de lancer un “grand chantier compétences” une fois, puis de revenir à la routine. C’est une erreur. Le développement des compétences est un travail continu, qui s’inscrit dans le cycle de pilotage de l’entreprise.

Concrètement, je vous recommande un rythme annuel en 4 temps :

Pas besoin d’outils sophistiqués au départ : un tableau partagé bien conçu, quelques indicateurs clairs, des rituels managériaux tenus. La sophistication (SIRH, référentiels détaillés, architectures de parcours complexes) viendra éventuellement plus tard, si la taille de l’entreprise le justifie.

Le point clé, c’est la cohérence : chaque euro investi en développement des compétences doit pouvoir être relié, même indirectement, à une priorité de l’entreprise. Si ce n’est pas le cas, posez-vous la question : “pourquoi faisons-nous ça ?”.

En résumé, un plan de formation réellement stratégique :

Ce n’est pas plus de formation qu’il vous faut. C’est une meilleure utilisation de la formation, au service des vraies batailles que votre entreprise doit gagner dans les prochaines années.

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